"D É- M O- C R A- T I E ! Y a-t-il aujourd'hui en ce monde un mot plus propagé que celui-là, soit de ce côté-ci, soit de l'autre côté du "rideau de
fer"? C'est un mot qu'on ne définit jamais parce qu'aucune définition n'en peut se prouver par la réalité des faits concrets. Pourtant, c'est le mot qu'on vénère le plus, qu'on respecte le plus,
qu'on encense le plus. C'est le mot initial et final, l'alpha et l'oméga qui comprend tout, qui renferme tout en lui-même, Si vous vivez, si vous respirez, si vous pouvez manger, travailler,
chanter, rêver, être parfois heureux, si la machine à vapeur fonctionne, si l'électricité donne ses services, si le microscope grossit les objets, si nous avons des théâtres et des hôpitaux, si
le soleil luit et le blé pousse, si les rivières coulent et le vent souffle, si même vous pouvez croire à quelque chose et ériger des temples, il n'y a qu'une explication à tout cela: DÉMOCRATIE!
Éliminez la démocratie, c'est la fin du monde, c'est le néant. Écoutez nos libéraux, nos socialistes et nos communistes hurler le mot, s'en gargariser avec des trémolos hystériques, voyez-les
rouler des yeux extasiés quand ils le déclament, la bouche pâteuse, écumeuse, et vous comprendrez l'importance donnée à cette idole, ce fétiche des temps modernes, que le libéralisme nous fait
adorer à la place du Dieu qu'il a détrôné parmi les hommes en niant ses droits publics sur les hommes, Cette idolâtrie, la plus stupide de toutes puisqu'elle ne repose sur rien du tout, explique
pourquoi la partisannerie politique exerce sur les foules ignorantes une autorité plus forte qu'un culte religieux et, par voie de conséquence, que la matière a plus de prix que les choses de
l'Esprit."
Adrien Arcand, La République Universelle